La consommation d’alcool produit des résultats assez variés. Boire un peu plus que de raison peut être l’occasion d’une joyeuse et franche convivialité, mais aussi rendre les uns silencieux et les autres querelleurs. La boisson a elle-même des effets opposés, plaisante ou douloureuse, stimulante ou épuisante. Aurait-on affaire à un poison déguisé en remède ? Qu’en disent les philosophes ?
La position de Kant est contrastée. D’un côté, il se méfie de l’euphorie et de ce sentiment trompeur d’accroissement de nos forces. L’alcool affaiblit ; mais comme un surcroît d’activité dans l’organisme est nécessaire pour l’éliminer, nous sentons en fait nos forces s’intensifier. Ceci explique que nous nous sentions si forts alors que nous sommes si faibles.
Mais d’un autre côté, au nom de la sociabilité, il excuse l’ivresse dont un grand repas est parfois l’occasion par le devoir que nous avons de satisfaire nos hôtes : on fâcherait nos amis en se montrant trop retenu ! Et en déliant les langues n’est-elle pas souvent à l’origine de la franchise ?
C’est ainsi qu’on peut même classer les alcools selon leur degré de convivialité. D’après Kant, l’eau de vie serait plus taciturne, la bière plus rêveuse et le vin, qu’il préfère, plus spirituel. Mais peut-être avez-vous une expérience différente…

